Randonnée et souvenirs dans les Alpes

En ce mois de juin, nous nous dirigeons vers l’ Alpe du Grand Serre , comme chaque année. Seulement aujourd’hui, ce voyage est empli de dou...

En ce mois de juin, nous nous dirigeons vers l’Alpe du Grand Serre, comme chaque année. Seulement aujourd’hui, ce voyage est empli de doutes. Nous partons pour un baptême de parapente mais une ultime discussion téléphonique avec le moniteur nous confirme la mauvaise nouvelle : cette activité est fortement compromise. Pour ce week-end et, par la même, pour cet été, car nous n’aurons pas l’occasion de revenir. Tant pis, nous ne ferons pas demi-tour pour autant. Un coup d’œil rapide à la météo entame un peu plus notre moral mais nous savons que, quel soit le temps, ce grand bol d’air frais nous ressourcera.




Nous commençons le week-end par l’ascension du mont Sénépy. Contre toute attente, le soleil brille de mille feux. Les premières averses ne sont prévues que pour dix-huit heures, nous avons donc largement le temps de parvenir au sommet. Les oiseaux chantent, les champs sont en fleurs, la brise caresse nos visages souriants, la vie est belle.












Nous prévoyons de nous arrêter aux deux-tiers de notre ascension afin de profiter de notre pique-nique face à la vue. Malheureusement, le vent souffle fort sur ce plateau et la vision nous faisant face est de mauvaise augure : la pluie a envahi la vallée et se dirige vers nous. Il est quinze-heure trente, le mauvais temps est en avance. Nous mangeons à l’abri du vent et jetons un nouveau coup d’œil aux prévisions météorologiques. Tout a changé. Nos téléphones annoncent des orages à partir de seize heures et jusqu’à vingt-heures. Le brouillard embrasse maintenant le mont Sénépy et couvre nos cœurs d’un voile de tristesse. La pluie s’abat alors sur nous, et nous décidons de rebrousser chemin. Il faudra que nous revenions.


Descente sous la pluie, entourés d'orages grondants

***

Le lendemain, en ouvrant les volets, le brouillard s’est déjà emparé de l’Alpe du Grand Serre. Les limites de notre vision sont posées aux barrières du balcon. Au-delà, tout n’est que blanc immaculé.






Nous profitons de cette journée pour nous reposer et avancer un peu dans notre travail. Mais bien vite, les dossiers informatiques sur mon bureau titillent mes doigts et je dérive... Nous voilà en septembre 2016, sous un soleil radieux. Nous sommes venus passés le week-end à l’Alpe pour fuir la chaleur lyonnaise et se ressourcer avant de commencer l’année.


Arrivée à l'Alpe du Grand Serre, un vendredi de septembre




Comme à notre habitude, nous commençons par une journée de randonnée. Mais aujourd’hui, nous optons pour quelque chose d’un peu plus original et décalé ; nous nous lançons à l’assaut des pistes de ski. Puisque la neige n’est pas prête de tomber, nous enfilons nos chaussures de randonnée et nous engageons sur les pentes à contre-sens. C’est alors un jeu d’esprit formidable qui se joue pour le reste de la journée, essayant de nous remémorer les paysages enneigés et de nous repérer dans les couloirs effacés.


Télésiège du Serriou en été, Alpe du Grand Serre







Quelques centaines de mètres seulement au-dessus de la station, je suis déjà aux anges. Entre stupéfaction et sauts de joie, mon cœur balance : une marmotte vient de traverser le chemin à toute allure ; c’est la toute première marmotte sauvage que je vois de ma vie. Et en voilà une deuxième, puis une troisième. Nous nous rendons alors compte que l’ensemble du paysage est parsemé de terriers.


Heureuse au milieu des marmottes

Grenoble au loin, ses montagnes tout autour

Zoom sur la vallée de Grenoble

Après deux heures de montée sous un soleil radieux et entourés de champs de marmottes, nous nous posons au sommet de la station, espérant apercevoir des cabris sauvages. Face à nous s'étendent comme à l'infini les pistes d'herbes vêtues. Notre déjeuner n’est que plus savoureux devant ce paysage à couper le souffle. Nous reprenons des forces en nous remémorant les souvenirs heureux de l’hiver dernier. Nous avons déjà hâte de rechausser les chaussures de ski !


Monts dénudés

Pistes déshabillées

Puis tout à coup naît une idée, étirant mon visage d'un large sourire : allons voir les télésièges de plus près, beaucoup plus près ! Nous nous retrouvons bien vite aux pieds des géants de fer, nous regardons, hésitons, regardons autour de nous. Personne, si ce n’est des oiseaux chantant à tue-tête. D’un regard malicieux nous nous mettons d’accord : que les aventures commencent ! Notre rythme cardiaque s’accélère, nos rires s’amplifient. Quelle sensation unique ! Assis-là, face à la vallée, nous nous sentons privilégiés.










Malheureusement, toute bonne chose a une fin, et le soleil déclinant nous rappelle à lui. Nous redescendons par le même chemin, slalomant entre les terriers. A la joie d’évoluer au sein des marmottes a supplanté la frustration de ne parvenir à en capturer aucune. Aucune, jusqu’à la dernière. Celle sortie fièrement de son terrier, celle impassible regardant au loin, celle qui n’a peur ni de mes pas se rapprochant ni des cris de ses congénères l’alertant. Je me délecte à pas de loup et déclenche l’obturateur aussi souvent que possible. Je ne rate pas la moindre seconde de ce moment merveilleux.


La dernière marmotte, la plus belle.

***

Le lendemain, nous continuons sur notre lancée d'innovation. En traversant la station la veille, les magasins d'équipements montagnards ont attisé notre curiosité, et surtout ceux de via ferrata. Nous sommes tout d'eux adeptes d'accrobranche depuis notre plus jeune âge, randonneurs occasionnels-avertis et je grimpe de temps à autres ; nous nous demandons comment ne pas y avoir pensé plus tôt. Nous louons le matériel pour la journée et nous élançons sur la petite via de l'Alpe du Grand Serre, gardant précieusement la grande pour une prochaine fois.

La via commence aux pieds de la cascade puis évolue autour d'elle, avant de s'en séparer pour atteindre le sommet du piton rocheux.







Mister A, le caméléon
Je suis sur ce début de parcours plutôt à l'aise, habituée des ateliers proposés, jonglant habillement entre la peur du vide et l'excitation de l'aventure. Cette délectation est de courte durée. Je vois bientôt Mister A. disparaître derrière la roche et la panique s'emparer de moi. Je m'agrippe à la paroi, continuant tant bien que mal, me dépêtrant du premier dévers. Mais au second, je craque. Mon rythme cardiaque s'affole, ma respiration s'accélère plus que de raison, les larmes coulent en torrents sur mes joues crispées, plus aucun son ne parvient à sortir de ma bouche, tout mouvement m'est alors impossible. Mister A. assiste à la scène, totalement impuissant. Sa présence retrouvée me rassure mais je ne vois comment me sortir de cette situation. Le vide derrière moi m'appelle et me terrifie. Je suis tétanisée.
Quand tout à coup, la raison reprend le dessus. Je connais cette peur panique, je l'ai combattue plusieurs fois en accrobranche et en escalade. Je sais que je peux la surpassée, qu'elle n'est pas fondée et que lui laisser tant de place me desserre inévitablement. Je me concentre sur mon souffle et calme peu à peu ma respiration, les palpitations de mon coeur s'atténuent jusqu'à disparaître totalement. Je retrouve mes moyens et gravis les deux petites marches me séparant de Mister A. Je sanglote encore quand il me prend dans ses bras.


Victoire après la crise de panique

Nous finissons l'ascension sans encombre et jouissons, enfin, d'une vue à couper le souffle. Je ne suis pas mécontente de quitter la ligne de vie de cette première via, autant excitée par sa réalisation que soulagée par son dénouement.


Vue gratifiante

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C'est ainsi que s'était achevé notre escapade de septembre. Mister A et moi nous remémorons ces souvenirs face au brouillard actuel. Je souris, le regard vague. Qu'importe les obstacles que la vie nous réserve, chaque jour à ses côtés peut bien me combler de bonheur.


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2 réactions

  1. Ah mais que cet article est BEAU ! Enorme coup de coeur ! J'adooore toutes tes photos. Celles qui commencent les deux séries : les reflets des montagnes dans le lac. Celles d'Adrien et toi, ou de toi, sur le télésiège, magnifiques images bucoliques. Celles des champs en fleurs. Celles des "pistes déshabillées", des crêtes vertigineuses ou des points de vue lointains sur les vallées en contrebas. Et la marmotte dans le soleil ! Magnifique. J'adore !
    La via ferrata, je suis tentée mais j'ai peur de paniquer, moi aussi. Je suis comme toi, j'aime bien la rando et l'accrobranche, j'ai déjà surmonté ma peur du vide en accrobranche (la méchante piste rouge de Marsanne, ma fierté ^^), mais je n'ai contrairement à toi pas d'expérience d'escalade. En Aveyron, j'ai hésité, et heureusement pour mon ego la piste que je voulais prendre était fermée ;) franchement en voyant sa tête, j'étais très soulagée... elle était vraiment exposée et difficile, je sais que j'aurais crisé.
    En tout cas, tu me donnes follement envie de revenir à la montagne !

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  2. Les Alpes sont toujours aussi belles, même si j'avoue les préférer sous leur gros manteau blanc <3

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Julie La Blogtrotteuse©. Fourni par Blogger.